Quand un prof pète les plombs !

Je me souviens qu´en grandissant, ma famille et mes amis me disaient : “Tu es colérique”, “Tu es un nerveux”, “Comme tu es susceptible !”
A force, je me suis identifié à ces jugements… J’en fus convaincu.

Alors, à chaque fois que cette colère que je ne contrôlais pas, que je ne comprenais pas, surgissait malgré moi, je me reprenais en pleine figure les mêmes jugements.
Sans parler des effets que je ne souhaitais pas sur mon entourage, sur les gens, des situations compliquées à rattraper, des relations à reconstruire, de la culpabilité car la colère est mal vue et, de l’impuissance de ne pouvoir réagir, répondre autrement.
Alors la colère devenait plus grande et se mêlait à la tristesse. J’étais tendu, désemparé.
Elle devenait mon seul moyen de communication avec mon père ou des personnes qui s’exprimaient comme lui. Je ne comprenais pas comment d´autres ne se mettaient jamais en colère.

Je redoutais parfois qu’elle survienne, je tentais de la contenir.
La plupart du temps, elle explosait à la figure de l’autre en criant, en utilisant des arguments qui blessent, qui coincent, qui piquent…

Parfois, pour éviter de montrer ma colère à l’autre, d´être violent physiquement, je me blessais moi-même contre un mur.

Une fidèle compagne

Forcément, ma colère m’accompagna dès mes premières années de professorat. 

Là, dans la classe, j’eus à éprouver mon autorité. Ma colère fut mon alliée… en haussant la voix, en fronçant les sourcils, en serrant les dents, en tapant du poing sur la table… en faisant peur en somme.

Jusqu’au jour où, une élève ne voulut pas s’asseoir. Elle déambulait dans la classe en m’ignorant totalement… ma terrible colère n’avait aucun effet sur elle. Certains élèves s’en amusaient, ce qui m’agaçait encore plus !

Dans la salle mitoyenne, mon tuteur vint à ma rescousse, alarmé par mes cris. Il emporta tranquillement l’élève avec lui.

Ma colère, désarmée, inopérante face à une élève de douze ans.

En effet, mon tuteur m’expliqua que chez elle, cette élève était soumise à une violence physique bien plus dure et traumatisante que ma colère dont elle se jouait. Ce fût une première révélation pour moi. Mais je ne savais toujours pas comment faire autrement.

Plusieurs années plus tard, plusieurs colères plus tard, lorsqu’elles étaient inefficaces sur des élèves indifférents, je les excluais de la classe… Je devais alors reprendre mes esprits pour la suite du cours, la rédaction du rapport d´« incident »…

En fin de journée, je sortais lessivé, sur les rotules après mes heures de cours.

Ma colère me faisait dépenser tant d’énergie, à ne savoir comment faire autrement.

Le début de la fin ?

Enfin, une colère ultime survint. Pendant une réunion mobilisant près de 15 adultes pour un élève avec un profil médical et psychologique sans suivi adapté dont je me méfiais grandement car générateur de nombreux incidents pouvant mettre en danger les autres élèves.
La réunion me semblait inutile, inefficace, chronophage…
Mon corps transpirait l´impatience. Alors ma colère explosa sur le chef d’établissement que je jugeais incompétent. Je sortis en claquant la porte. Menaces, malaises, méprises…
Ce fut une période extrêmement tendue pour moi.

En route vers autre chose

Fort heureusement, j’étais ouvert à des moyens d’apaisement et je croisai par hasard, il y a 5 ans, le chemin de la CNV.

J’eus alors pendant les jours de stage des révélations qui m’offraient enfin la possibilité de vivre autrement ma colère, de l’accepter comme révélatrice de ce qui vit en moi, de mettre des mots sur ce qui vit en moi.

Ces bases m’ouvrirent des fenêtres.

Pour libérer la parole des élèves les plus réservés en les rassurant de ne pas être jugés.

Pour être réellement à l’écoute sans me sentir jugé, attaqué, culpabilisé…même si l’élève (ou le parent) exprimant son ressenti peut paraître agressif ou accusateur.

Pour m’exprimer sans utiliser un vocabulaire jugeant ou pouvant être interprété comme tel.

Pour ne pas perdre de vue mon intention : créer du lien avec la classe (mes 12 classes et 320 élèves) et cela, malgré la course du temps et du programme à respecter.

Pour me respecter : respecter mes besoins vitaux afin de me préserver et mieux gérer l’énergie nécessaire pour enchaîner la journée de 7 ou 8 heures de cours.

Pour exposer ma vulnérabilité sans la peur de perdre mon autorité.

Pour tenter des innovations (peluches anti-stress, décoration des blouses, phrases murales philosophiques, carte mentale de la confiance en soi…) afin d’entretenir ce qui me donne encore « en-vie » et qu’à leur tour, cela leur donne envie.

Alors avec de la pratique, du temps, des hauts et des bas, j´entends dire des élèves :
“Monsieur, comment faites-vous pour ne pas vous mettre en colère, même devant les élèves les plus agités ?!”

R. Septembre 2019

Prof dans un collège,12 classes, 3 niveaux sans dédoublement avec certaines classes à 29 voire 30 élèves, avec des élèves aux multiples aménagements et adaptations, soit près de 320 élèves… personnes, personnalités, hérissons avec leurs épines dressées ou pas.

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